De l'ouverture des applications issues des services publics

Par SwissTengu @SwissTengu @SwissTengu — 28.03.2014
En Suisse, il y a beaucoup de services publics.

Une grande majorité est accessible en ligne, et des applications pour mobiles (smartphones et/ou tablettes) commencent à devenir courante. Une preuve d'ouverture aux nouvelles technologies, permettant d'atteindre plus de citoyens à travers le Réseau.

Seulement, il y a un problème : ces applications ne sont accessibles que via les "stores" dédiés à votre OS (GooglePlay, iTunes/AppStore etc). Et, en fait, aucune de ces applications n'est opensource à l'heure actuelle.

Pourtant, pour des applications issues des services publics, accessibles publiquement, payées par les deniers publics (aka les impôts), il semblerait normal que les applications mobiles soient ouvertes et librement accessibles par tous les moyens possibles.

Nous nous sommes permis de contacter certains des services fournissant une application de qualité : Meteosuisse, et les CFF.

Les premiers nous ont laissé entendre qu'il était impossible de sortir l'application des "markets" officiels, du fait qu'elle utilise certaines fonctionnalités propres aux plate-formes des fabriquants, telle que le GCM, permettant de pousser les alertes sur les appareils.

Une solution élégantes serait de permettre à l'application de passer dans un autre mode, à l'image de Threema, qui permet de se passer complètement des services des plate-formes de distribution.

Il semblerait aussi que l'application utilise une API fermée, à laquelle le public ne peut pas accéder. Pour un service public, payé par nos impôts, c'est un peu fort de tabac, non ?

Les CFF, de leur côté, on plutôt fait valoir les problèmes qu'une distribution en-dehors des "markets" poseraient au niveau du support utilisateur. Ils ont aussi insisté sur le fait qu'ils ne proposent pas de support quand on utilise une ROM alternative (ils ont cité CyanogenMod uniquement — il serait drôle de les contacter pour un problème et de leur parler de, au hasard, Slimroms, ou Paranoidandroid…).

On peut aussi parler des applications de la RTS, dont certaines utilisent aussi les outils fournis par les plate-formes officielles et ne permettant pas de s'en passer.

Quels sont les problèmes que cela pose aux utilisateurs ?

Oui, quels sont les problèmes ? Après tout, on n'a pas à se plaindre, les applications sont gratuites, accessibles par une majorité des utilisateurs… Mais aussi, elles forcent les utilisateurs à rentrer dans le moule : avec cette politique, un utilisateur ne pourra pas satisfaire son besoin de maîtriser l'OS de son smartphone (en installant une ROM alternative) et continuer d'accéder à des services publics, pour lesquels il continuera néanmoins à payer au travers de ses impôts, taxes etc.

Certains signaleront qu'on paie pour le chômage sans forcément en bénéficier. Certes. Mais comparer les deux (un service public disponible de toutes façons gratuitement) et les assurances sociales, c'est un peu capilotracté.

De manière à remettre les citoyens au centre, leur permettre de reprendre en main les technologies, il serait temps que les services publics fassent deux choses :
- ouvrent le code source de leurs applications
- fournissent les binaires directement sur leurs sites

L'ouverture du code source permettra différentes choses, comme par exemple une participation des citoyens au développement de l'application, que ce soit au niveau de la correction des bugs ou l'ajout de capacités. Elle permettra en outre aux utilisateurs avancés de pouvoir la compiler pour leurs appareils, même s'ils ne sont pas officiellement supportés. En outre, un contrôle citoyen de ce que fait l'application n'est jamais inutile.

Fournir les binaires directement depuis les sites permettra aux personnes désirant sortir des petites cages dorées que sont les appareils mobiles, tout en continuant de bénéficier des applications. Ce point est important : actuellement, pas mal de personnes rechignent à faire le pas vers la liberté justement parce que certaines applications ne leur seront plus accessibles. Certes, pas mal sont issues du secteur privé, mais cela ne doit pas empêcher les services publics de faire le bon choix, et de laisser la liberté aux citoyens.

On peut féliciter les quelques applications (web) dont le code source se trouve sur github. Il faudrait que toutes les applications de nos administrations publiques se retrouvent ainsi en ligne.