Aux promoteurs de la surveillance

Par SwissTengu @SwissTengu @SwissTengu — 11.01.2015
Note: les formules sont au masculin pour des facilités de rédactions, mais il est évident qu'elles sont aussi à comprendre au féminin ou toute autres formes.


Chers politiciens, chers journalistes, chers concitoyens,

Vous qui faites la promotion de la surveillance préventive, vous qui comptez sur l'émotion suscitée1 par les tragiques événements survenus en France, vous faites fausse route.

Par deux fois au moins, on a pu voir que la surveillance, même sur des sujets connus, ne sert à rien : Boston et Paris. Lors de ces deux événements, les services nationaux, voire internationaux, connaissaient les instigateurs, écoutant tout ce qu'ils pouvaient dire, lisant tout ce qu'ils pouvaient écrire.
Mais est-ce que cela a servi ? Les faits le montrent : non.

Vous qui pensez mieux protéger nos compatriotes en assurant une surveillance généralisée des faits et gestes de tout le monde, je vous invite à répondre à ces quelques questions :
Est-ce que vous apprécieriez que, pour des motifs de préventions, vos emails, vos appels téléphoniques, vos SMS, vos discussions sur Skype, vos snapchats, vos whatsapp, etc, soient tous enregistrés sans distinction "à des fins d'études au cas où" ?
Est-ce que vous apprécieriez d'avoir un émetteur GPS dans votre véhicule ainsi qu'un drone personnel vous suivant partout ?
Est-ce que vous apprécieriez de savoir que toutes ces données sont enregistrées sur des serveurs maintenus par, au hasard, l'OFIT2 ou, plus drôle, le SRC3, tous deux notoirement connus pour leurs compétences limitées ?

Je ne suis pas certain que quiconque répondra honnêtement "oui" a chacune de ces questions. Peut-être la dernière, parce que "on va leur donner les moyens de s'améliorer".

Maintenant, il reste encore deux questions importantes à se poser :
A-t-on la moindre preuve que ces mesures de surveillance sont efficaces ? Pour le moment, on a plutôt des contre-exemples…
Êtes-vous sûrs que ces outils de surveillance ne seront pas employés à des fins privées voire, pire, politiques dans un proche futur ?

On peut être en droit de se demander "à qui profitent les contrats"4 pour l'achat de matériel d'écoute, la maintenance et la formation des agents.
On peut être sceptique quant à l'utilité de ces dépenses.
On peut penser que l'argent mis dans ces moyens serait mieux investi dans, au hasard, l'éducation et l'intégration.
Autant profiter de pouvoir se poser ces questions publiquement avant de se faire enfermer pour un motif aussi bête que "entrave à la protection et à la sécurité du bon peuple".

Vous qui pensez que la protection des données et de la vie privée doit passer après un faux sentiment de sécurité, vous vous perdez. Vous êtes prêts à sacrifier une des libertés fondamentales de l'être humain sur l'autel de l'économie sécuritaire.
Parce qu'il est impossible, vu les communications actuelles, de cibler uniquement des usagers.
Parce qu'il est impossible, dans le cas d'écoutes préventives, de filtrer ce que l'on agrège. Internet et le réseau qu'il représente est un lieu de partage, d'échange multilatéral.

Tout le monde est impliqué à quelque niveau que ce soit. Même vous : vous allez cliquer sur un lien envoyé par une connaissance. Ou, plus probable, une connaissance va cliquer sur un lien, et du fait que vous connaissez cette personne, vous serez dans le viseur des appareils de surveillance (ou, qui sait, d'un drone…).

Parce que ce n'est pas seulement vous et moi qui seront des cibles. Mais nos familles. Nos proches. Nos amis. Des connaissances, même lointaines. De toutes façons, quels seraient les critères appliqués pour ces écoutes préventives ? Nous avons tous une connexion avec un "terroriste potentiel" à un niveau proche de nous5.

Devons-nous abandonner une liberté fondamentale ? Ne peut-on réellement rien faire d'autre ? La Norvège semble penser autrement, en tous cas. Fermer des portes n'aide en rien à se protéger, au contraire, on sera plus vite enfermé dans une petite boîte trop étroite pour l'expression et l'apprentissage.

Vos vœux de surveillance vont nous précipiter dans un âge sombre, où chacun fera attention à ce qu'il dit ou pense, de peur de finir sur une liste quelconque de personnes. Vos vœux de surveillance nous rendra soupçonneux, méfiant. "Le voisin n'est pas sorti de chez lui depuis 2 jours, il prépare un attentat j'en suis sûr". "Cette personne ne marche pas droit, je suis sûr qu'elle prépare quelque chose".

L'effet "panoptique"6 brisera nos sociétés démocratiques, et nous renverra quelques siècles en arrière. Le soupçon, transformé en peur et en haine, rendra de nouveau la chasse aux sorcières possibles, avec les mêmes conséquences, les mêmes causes.

Nous sommes en 2015. Notre société vaut mieux que cela. Nous devons apprendre de notre passé. Nous devons éviter de faire les mêmes erreurs. Nous avons assez d'exemples documentés pour nous rendre compte que la surveillance, préventive ou simplement généralisée, ne vaut rien, ne sert à rien, n'apporte pas plus de sécurité.

Restons debout, mais ne nous enchaînons pas avec de la vidéosurveillance et de l'écoute de masse. Ne serait-ce que par respect envers celles et ceux qui sont morts pour défendre nos libertés.

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Commentaires (1)

par lalu — 11.01.2015, 13:50 — PermaLink
Merci pour ce manifeste qui je l'espére sera lu par le plus grand nombre.
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