Établissement d'une surveillance de masse pour votre bien

Par SwissTengu @SwissTengu @SwissTengu — 16.04.2015
La surveillance. La solution finale (pardon, "miracle") pour empêcher les attentats terroristes. Et, le pire, certains y croient. Et ne sourcillent même pas quand un élu annonce que "pour protéger la liberté, il faut renoncer à certaines libertés".

Un échange sur Twitter1 montre à quel point on est mal. Enfin, pour autant qu'on puisse prendre au sérieux un échange sur Twitter, évidemment — mais troll ou non, les arguments reflètent malheureusement un état d'esprit des plus mauvais pour la Démocratie.

Une confiance aveugle dans un système mort et enterré depuis des lustres. Des arguments populistes, dans le genre "on a déjà assez pleuré de morts comme ça, ça suffit !" en référence aux attentats survenus en France… qui ont fait moins de mort en quinze ans que la cigarette à elle seule en une année, ou les accidents de la route, un crash d'avion (réellement involontaire et accidentel) ou simplement… la grippe.

Pourtant, aucune de ces causes de mortalité n'est prise en compte. Seul compte le vilain terroriste qui vous fait péter 12 personnes d'un coup, certes de manière violente. La menace ultime après le pédophile, la menace qui atteint les enfants, les parents ET le reste de la population, même les célibataires, les homosexuels, les handicapés… Bref, on a enfin l'Ennemi, le vrai, celui qui ralliera tout le monde contre lui.
Celui qui permettra, enfin, de faire passer des lois "pour la protection du bon peuple", de s'affranchir de cette maudite "sphère privée" qui empêche les services de tout savoir sur tout le monde, principalement au niveau de l'opposition politique, les mouvements alternatifs voire altermondialistes. En gros, de virer enfin ce système démocratique qui nous empêche de faire ce qu'on veut comme on veut.
Oh, bien sûr, ce n'est pas présenté ainsi : on va y aller doucement. Un contrôle par une autorité quelconque, à l'indépendance douteuse. Ensuite on va établir les "mesures d'urgences", ou encore "d'exception". Un peu comme Vigipirate2, établi il y a tant d'années3, que personne ne remet en cause et qui, surtout, n'aura pas empêché les 3 derniers gros attentats survenus en France (oui, le pays sur le continent, pas ailleurs).

Vigipirate est d'ailleurs un excellent exemple de comment va se passer la mise en place d'une surveillance généralisée en France et, sans doute, dans d'autres pays, dont la Suisse. On profite d'une situation "d'urgence" ou, du moins, décrite comme telle, pour faire passer une série de mesures. On pousse déjà pas mal pour avoir un gros pack de lois et mesures permettant, entre autres, de les modifier par la suite.
On assure que c'est "temporaire", mais on s'arrange pour que ce soit reconductible4. On s'arrange aussi pour que les tâches restent flouent ou, du moins, assez larges pour ajouter petit à petit des missions, des cibles.
Par exemple, on prendra pour cible les personnes employant des systèmes de chiffrement "employés par des terroristes"5 — sous-entendu "qui ne sont sans doute pas troués ni validés par une autorité étatique". Du coup, Tor, FreeNet, i2p et autres tombent sous le coup de cette surveillance dédiée.
Leurs utilisateurs seront donc classés dans "cibles potentielles". À surveiller.
On habitue les gens à voir des personnes armées, en treillis, dans les rues. On habituera les gens à surveiller ce qu'ils disent, ce n'est pas bien compliqué. On pourra les éduquer à cela dès la maternelle de toutes façons.

En parallèle, on va mettre en place de la censure de sites d'opinion (ou de presse). Oh, propagande et apologie du terrorisme uniquement. Bon évidemment, des fois, ça dérape6 mais comme il n'y a pas de juge impliqué, c'est vite plus compliqué. Et puis bon, Il y a sans doute un motif justificatif après tout. C'est juste un site.

Du coup, on va aussi gentiment voir qui accède, ou tente d'accéder, aux sites censurés de la sorte. Après tout, ces gens peuvent représenter une menace.
On ramassera donc des chercheurs, des curieux, des "j'ai pas tapé la bonne URL-ooopsss". Et, peut-être, quelques menaces réelles. Et encore. Faudrait vraiment être con pour accéder à ces contenus par Internet en clair avec un but "malsain"…

Toujours en parallèle, on va argumenter que la sécurité, c'est super-important, et qu'il faut donc un budget conséquent. Donc qu'il faut procéder à des coupes budgétaires ailleurs, parce que la sécurité, c'est le plus important. On verra bien quoi couper, mais l'éducation semble toujours le bon candidat. En plus, un peuple "bête", c'est un peuple suiveur, plein de moutons. L'idéal pour renforcer encore l'emprise de l'état.

Et on aura beau avertir les gens, leur dire "non c'est pas bon"7, "non c'est dangereux"8, on continuera à passer pour des paranoïaques en puissance ayant des choses malsaines à cacher.

Pour ma part, je n'ai "rien à cacher". Ce n'est pas pour autant que je vais accepter des intrusions dans ma vie privée, surtout en sachant que ces intrusions ne serviront pas les buts annoncés9.

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Commentaires (1)

par Pascal Kotté — 27.05.2015, 08:17 — PermaLink
Totalement d'accord avec tout ce qui est énoncé ici, merci !
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