La Surveillance, la solution à tous les maux ?

Par SwissTengu @SwissTengu @SwissTengu — 06.07.2015
Snowden1, Assange2, Manning3, Wikileaks4, Orwell5, XKEYSCORE6, PRISM7.

Des noms qui tournent, ou ont tournés dernièrement. Le point commun ? Tous sont liés à la surveillance de masse, ou plutôt des masses, autrement dit nous, citoyens du monde.

Que l'on soit suisse, français, anglais, allemand, américain, tunisien, syrien, chinois ou japonais, on est tous impacté par ces noms : les premiers ont montrés que de la science-fiction (Orwell et son 19848) à la réalité (XKEYSCORE, PRISM, etc) il n'y a qu'un pas. Lequel a été franchis il y a des années9.
Sous couvert de "sécurité nationale", des pays ont mis en place des systèmes de surveillance passant au crible tous nos échanges. Privés, professionnels ou intimes, tous sont passés à la loupe. Les metadata (méta-données), mises en avant pour minimiser l'impact de cette surveillance, sont autant de données permettant de vous lier à des personnes, créer votre emploi du temps voire, selon lesquelles, deviner le contenu (un titre de mail trop parlant par exemple).
Aussi, on découvre "bizarrement" que cette surveillance aurait aussi servi à des fins économiques10, bien loin de la sécurité nationale donc (encore que certains pourront argumenter qu'une économie saine est bonne pour la sécurité — reste à définir "économie saine" quand on voit le montant des dettes des principaux acteurs de la surveillance de masse…)

Nous sommes surveillés par des pays étrangers, censés être des alliés11. Cette surveillance, déjà inacceptable quand pratiquée par des pays lointains, est en train d'être amenée dans notre pays, la Suisse.
La Suisse, pays dont la démocratie est vantée aux quatre coins du monde, est en train de se doter de lois et moyens techniques pour pratiquer une surveillance de masse et des intrusions informatiques.

Après avoir vu fleurir les caméras de vidéosurveillance12 dans nos villes et villages, après avoir mis en place, dans certaines zones, de "réseaux de solidarité entre voisins"13 poussant à la délation (appelons-le par son vrai nom, "Surveillance du voisinage"14 ou, en version originale, "neighborhood watch"15), voici que nos services de renseignement (et fedpol16, etc) veulent pouvoir agir au cœur du réseau.
Uniquement à des fins d'enquêtes, à priori, même si le spectre de la "surveillance préventive"17 refait surface dans la foulée.

Les fantasmes de Minority Report18 et, plus particulièrement, PreCrime19 (mais évidemment sans les dérapages hein, nos services de police et les employés du SRC20 ne sont "pas des Pieds Nickelés"21, selon notre bon Ueli Maurer, chef du DDPS22. Après tout, si on pouvait prévenir les crimes divers et variés avant qu'ils ne se produisent, ne serait-ce pas là le meilleur du meilleur du meilleur23 au niveau sécurité ?

Le problème est qu'introduire ces différentes choses dans la vie de tous les jours va avoir des impacts allant bien au-delà de notre sécurité.

Premièrement, la surveillance ne va pas améliorer la sécurité, ou du moins pas de manière significative.
Exemple bête et flagrant : les USA. Malgré la surveillance de la NSA et des autres services sur l'intérieur comme l'extérieur, les différentes tueries intestines n'ont pas pu être déjouées. Des attentats, commis par des tireurs isolés ou en très petits groupes, découplés des organisations criminelles "standards". Certains le faisant pour des motifs personnels, d'autres par accès de folie, ou encore d'autres le faisant au nom d'une foi, d'une idée, d'un idéal.

Autre exemple, la France. Bon, c'est un peu différent, la surveillance n'était pas encore officiellement avalisée par l'état au moment des faits, mais entre Merah24 et Charlie Hebdo25, l'usine en Isère26, il y a de quoi faire.
Le pire dans ces cas précis : les différents protagonistes (surnommés "terroristes" par les médias pour faire peur) étaient connus à un moment ou un autre par les différents services chargés de la protection de l'état et de ses citoyens.

De quoi se poser des questions légitimes sur le bien fondé d'une surveillance de masse telle que préconisée (et pratiquée) par un nombre croissant de politiciens.

Deuxièmement, l'humain change de comportement quand il est surveillé.
C'est un fait. Quand on sait qu'on nous observe, on n'agit pas pareil. C'est d'ailleurs un des principes du panoptisme27 : le fait que tout le monde regarde tout le monde induit un comportement différent sur l'ensemble des personnes.
Cette surveillance de tous les instants par "on ne sait qui", que ce soit des caméra (et leurs opérateurs), des drones (et leurs opérateurs), des "boîtes noires"28 et leurs algorithmes "révolutionnaires", ou de simples voisins ou passants, a une furieuse tendance à rappeler ce qu'il se passait au Moyen-Âge : la Chasse aux sorcières29. Avec toutes les dérives que cela implique de facto.

Vous avez des vues sur quelque chose que votre voisin possède ? Hop, vous n'avez qu'à le dénoncer pour quelque chose, genre "il a été dans une mosquée". Après tout, si on va dans une mosquée, selon les médias, c'est qu'on est presque à coup sûr membre d'un réseau quelconque de djihadistes en puissances, prêts à tout faire péter.

Dans un état de droit, la surveillance de masse n'a pas sa place.
Dans un état de droit, le renseignement se doit d'être sous le contrôle de personnes qualifiées, et accessibles par le peuple pour s'assurer du bon déroulement des choses.
Quand un état de droit se permet d'acheter du matériel d'écoute30 et des drones31 à un pays qui n'est pas des plus respectueux des droits de l'Homme et qui pourrait être accusé de crime de guerre32 à l'encontre de civiles, ça dénote d'un certain désintérêt voire d'une volonté d'ignorer les droits propres à chaque être humains, en particulier le droit à la sphère privée et à l'intégrité des citoyens.

Troisièmement, on a tous quelque chose à cacher.
L'argument "clef" des pro-surveillance est et restera encore longtemps "si vous ne voulez pas de ça, c'est que vous avez quelque chose à cacher". Simple réalité : on a tous quelque chose à cacher. Même ces personnes. Allez leur demander de lire leurs SMS et emails, et de passer leurs communications téléphoniques sur haut-parleur. Vous verrez de suite leur tête. Et vous les entendrez bredouiller des trucs évasifs pour tenter de noyer le poisson.

On a tous des choses à cacher, c'est instinctif. On a aussi, pour la plupart, notre "jardin secret", avec nos pensées intimes, nos fantasmes, nos idées. L'humain possède une chose appelée "imagination". Il est inventif, pour le meilleur et pour le pire — et cela ne pourra pas être altéré ni contrôlé. Du moins je l'espère.

Ce n'est pas parce que je chiffre mes communications que moi, citoyen moyen, ai quelque chose à me reprocher.
Ce n'est pas parce que je chiffre le contenu de mes disques durs que moi, citoyen sans histoire, ai quelque chose à me reprocher.
Ce n'est pas parce que j'utilise Tor sur mes appareils pour accéder à Internet que moi, citoyen anonyme, ai quelque chose à me reprocher.

Il s'agit simplement de m'assurer que le contenu de mon message, sensible ou non, n'est lisible que par le ou les destinataires.
Il s'agit simplement de m'assurer qu'en cas de vol ou perte de mes appareils, personne ne puisse accéder aux contenus des disques.
Il s'agit simplement de protéger ma navigation contre des oreilles indiscrètes, que ce soit un état, un fournisseur d'accès ou encore simplement les sites sur lesquels je vais.

Les différentes lois actuellement en discussions au Parlement sont des menaces contre notre sphère privée, des menaces contre notre démocratie. Des menaces réelles, immédiates.
L'utilisation de chevaux de Troie33 manipulés par l'État est une porte ouverte à tous les abus possibles et imaginables. Cela va d'une mauvaise sécurisation du logiciel, ouvrant des portes dérobées des deux côtés (centre de contrôle et poste infecté) à des utilisations à des fins personnelles, la fuite du code applicatif sur les réseaux, etc.
De plus, la mise en place de ce type de logiciels, appelés GovWare, implique une participation des logiciels anti-virus et autres firewalls pour ignorer sciemment les signatures de ces logiciels, créant ainsi la possibilité pour des malwares (virus, vers, etc) de passer outre les contrôles si tant est que des fuites au niveau des concepteurs des GovWare arrivent. Et elles arriveront.
On peut noter en passant que HackingTeam, un fournisseur de ce type de logiciels, se sont fait "légèrement" exploser34. Ça donne confiance, non ? 

Aussi, la Suisse semble vouloir valider l'utilisation35 des "IMSI Catchers"36. Cette technologie, déjà bien employée dans des dictatures et des pays moins démocratiques que la Suisse, permet d'intercepter les communications mobiles en se faisant passer pour une antenne normale.
Sachant que pour d'obscure raisons l'OFCOM37 ne publie pas les propriétaire des antennes mobiles sur la carte les positionnant38, je vous laisse imaginer l'ambiance paranoïaque qu'on pourra vivre : est-ce que le MMS me montrant nu que j'envoie à ma femme est bien passé par une antenne de mon fournisseur de service ? Et encore plein d'exemples de ce genre.

Ces différentes technologies sont certes attirantes et, il faut l'avouer, les vendeurs savent attirer les états. Mais il convient de s'arrêter un moment dans cette course aux informations et réfléchir au fond de la chose : est-ce qu'une caméra va me protéger d'un braquage ? Est-ce qu'une sonde réseau va me protéger d'un lien dans un email malicieux ? Est-ce qu'une "antenne voyou" (IMSI-Catcher) me protégera contre les appels de télémarketing ?

Pour toutes ces questions, une seule réponse : non.

Ces technologies ne protègent pas. Elles renseignent, mais dans des proportions telles qu'on ne trouve plus rien. Trop d'informations tue l'information — et ce n'est pas juste une jolie phrase.
Sinon, comment se fait-il que les USA aient autant de problèmes de sécurité intérieur, d'attentats et de mouvements de foule ?
Sinon, comment se fait-il que la France ait subi les derniers attentats, alors qu'une surveillance officieuse était en place et que, encore une fois, les protagonistes étaient connus ?

La Suisse a encore une chance de pouvoir éviter le pire, et de refuser la mise en place de ces moyens. Autre argument pour refuser ces nouvelles lois : actuellement, la Suisse est une démocratie apaisée, on supporte nos voisins suisse-allemands, on ne se flanque pas sur la tronche, et nos voisins nous laissent en paix; le gouvernement est encore composé de gentilles licornes roses, plus ou moins en harmonie les unes avec les autres. Mais cela peut changer. On le voit chez nos voisins avec la montée de la Droite, les durcissements de lois etc.
Imaginez toutes ces technologies entre les mains de l'UDC; entre les mains de fanatiques quelconques; en bref, entre les mains des mauvaises personnes qui, pour une raison ou une autre (argent, idéologie, etc) trouveront un intérêt à détourner ces outils. On ne parle pas de détourner une voiture, un avion, des fonds, ce qui impacterait une petite quantité de personnes, mais de moyens touchant toute une population, voire un continent, voire le monde entier.

Mettre ces "jouets" entre les mains d'organismes dont les collaborateurs sont capables de perdre ou se faire voler des données39 voire, pire, d'utiliser ces outils à des fins personnelles40 revient à un suicide démocratique.

Voulons-nous vraiment en arriver là ? Voulons-nous torpiller la confiance (déjà maigre pour certain) qu'on a dans notre gouvernement ?

À vous de voir. Pour ma part, mon choix est fait.


Commentaires (0)

Ajouter un commentaire