Non, il ne faut pas plus de surveillance.

Par SwissTengu @SwissTengu @SwissTengu — 20.11.2015
"Laissez les services de renseignement faire leur travail", "Donnez plus de moyens pour la surveillance", "La Gauche se fiche de la sécurité avec leur référendum" etc, etc.

On en étale partout, en long, en large, en travers. On le crie, le hurle ou le beugle. Les partisans de la surveillance à tout va et à tous prix s'en donnent à cœur joie depuis quelques jours, depuis le vendredi 13 novembre, enfin, le samedi 14…

Seulement, on oublie l'essentiel : les services de renseignement de tous poils ont déjà trop de données. Ou alors ne savent pas exploiter correctement celles qu'ils ont déjà, légalement (ou peu s'en faut), collecté sur les réseaux et autres.

Comment expliquer sinon que, lors des derniers attentats (et pas que ceux du 13, mais encore les précédents, et encore ceux d'avant, et ainsi de suite), comment expliquer donc que tout ou partie, voire majorité des personnes impliquées soient toujours "connues des services" ?

Les renseignements sont là, existent, mais ne sont pas exploités. Par manque de moyens certes, mais pas des moyens de collecte, non, des moyens d'analyse. Des moyens humains aussi, pour, en cas de gros doute bien raisonnable, mettre une personne physiquement sous surveillance, ou se taper l'administratif ayant pour but d'obtenir une mise sur écoute ciblée.

Les renseignements sont là, mais dorment. Par manque de moyens techniques pour assurer une exploitation, ainsi que la création des recoupements nécessaires.

Mais cela, nos beugleurs, ils l'oublient. Pour eux, c'est une question de quantité, pas de qualité. Une différence de plus en plus oubliée car, dans notre société de consommation, on consomme. Toujours plus. Toujours plus gros. Mais sans prêter attention à la qualité.

Pour preuve j'en veux les quelques centaines de perquisitions administratives en France de ces derniers jours, donnant lieux à des arrestations, découvertes d'armes, etc. Autant de choses qui auraient sans doute pu avoir lieu, si on avait donné les moyens humains aux différents secteurs concernés : plus d'analystes, plus d'hommes sur le terrain, plus de juges.

Mais pas plus de données : elles sont déjà là, présentes, et collectées.

On veut changer la LSCPT, on veut créer une LRens. Soit. Oui, il faut un cadre légal. Il faut que tout soit transparent, que les citoyens comprennent comment ça marche. C'est important. Mais ces lois, au lieu de donner plus de moyens de collecte, devraient surtout se concentrer sur les synergies et relations possibles au sein des données existantes.

Quoi qu'en disent certains, une augmentation des moyens de surveillance créera obligatoirement une diminution de notre sphère privée. Soit technique, soit morale. Si on se sait surveillé, on n'agit, on ne pense plus pareil. On se plie plus volontiers pour rentrer dans le petit cadre dans lequel on voudrait nous voir.
La surveillance, même passive, influe sur les comportements.

La surveillance n'apportera pas plus de sécurité. Elle n'apportera tout au plus qu'un sentiment, faux, de sécurité, à celles et ceux qui y croient. C'est un peu comme les caméra de vidéosurveillance, renommée parfois "vidéoprotection" : elles sont là, passives, leur œil froid braqué dans une direction ou l'autre, captant tout. Mais ce n'est ni elle, ni la personne derrière l'écran de contrôle (quand il y en a) qui viendra vous protéger contre le pickpocket, ou l'autre sagouin qui vous arrachera votre sac à main. Tout au plus cela pourra servir de preuve, ou au moins de témoin. Et encore. Même pas sûr.

La surveillance telle qu'imaginée par nos élus, dirigeants et gouvernements, n'apportera pas plus de sécurité, non. Mais plus de contrôle sur le bon peuple protégé. Le "bon suisse" étant, de réputation, passablement porté à la délation, on peut de suite imaginer ce qu'un renforcement de la surveillance pourra amener. Parce qu'un tel renforcement passera, obligatoirement, par une diminution de nos droits à la vie privée. Et certains comportements intrusifs jusque là punis ne le seront plus. Ou moins.

Vouloir, dans le but d'augmenter la sécurité, augmenter la surveillance, tout en argumentant que c'est pour "protéger nos libertés", est un mensonges. Surtout quand on parle de notre "liberté d'agir, de penser". Agissez-vous pareil dans la même situation s'il y a une caméra que s'il n'y en n'a pas ? Bien sûr que non. Même infimes, des modifications de comportement sont là. On fera plus attention à son apparence, on regardera à un endroit neutre plutôt qu'un autre, on marchera droit, plus lentement, ou plus vite, bref. Notre comportement change.
Est-ce cela la liberté qu'on veut nous vendre avec la LRens et la modification de la LSCPT ? Une liberté d'être surveillé, une liberté de voir nos comportements changer de manière inconsciente ?

Pour ma part, une telle liberté, je n'en veux pas.
Pour ma part, j'ai nettement moins peur de me ramasser un groupe de terroriste sur mon lieu de détente que de voir un gouvernement partir en vrille avec des moyens de surveillances quasiment illimités.
Pour ma part, je prends la liberté de dire NON à la LRens et à la modification de la LSCPT.
Pour ma part, je prends la liberté de choisir ma vie, mon comportement, mon mode de pensée.

Pour toutes ces raisons, nous devons, coûte que coûte, refuser les modifications de la LSCPT, et débouter la LRens. Pour conserver nos libertés. Pour conserver notre mode de vie. Pour rester nous-même, des citoyens libres dans une démocratie libre.

Commentaires (1)

par SwissTengu — 20.11.2015, 17:02 — PermaLink
Si jamais le sujet vous touche et que vous voulez faire quelque chose, des feuilles de signatures pour le référendum sont disponibles ici :
http://www.verts.ch/gruene/fr/...
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