Surveillance externalisée

Par SwissTengu @SwissTengu @SwissTengu — 16.03.2016
En Suisse, on est en train de suivre l'exemple de nos voisins français : on révise des lois sur la surveillance de nos concitoyens pouvant potentiellement être des vilains terroristes (ou pédonazis tueurs de chatons, c'est parfaitement permutable).

On a déjà réussi à échapper à l'extension de la durée de rétention des données, qui reste à 6 mois au lieu de 12 (et même 6 mois semblent longs, si on écoute certains enquêteurs, principaux intéressés par ce sujet).
Par contre, on ne va pas échapper à la peste ni au choléra, le tout saupoudré d'un touche d'Ebola pour bien faire. Oui, tout ça, rien que pour nous.

J'm'explique:
    À l'heure actuelle, le Conseil des État, dans sa grande sagesse, a accepté l'utilisation des IMSI-Catchers
    À l'heure actuelle, le Conseil des État, dans sa non moins grande sagesse, a accepté l'utilisation des GovWare
    À l'heure actuelle, le Conseil des État, toujours faisant preuve de sagesse, a accepté que les métadonnées récoltées dans le cadre d'enquêtes ne soient pas obligatoirement stockées en Suisse. Pour des raisons de coût. Bah oui. Ça coûte cher, des disques dans un datacenter en Suisse.

Vous avez bien lu1.

Mais soyons rassurés : il y a "de nombreux garde-fous", après tout : seul un tribunal pourra activer les mesures de surveillance, et ce seulement en cas de "crime grave". Ah et le transfert des données à l'autorité de poursuite pénale compétente devra être sécurisé.
Sauf que je n'ai pas vu la définition de "crime grave". Et parler de sécurité au niveau du gouvernement reviendrait à discuter de physique nucléaire avec des moutons privés d'iode depuis trop longtemps. Et, pour moi, "nombreux", c'est un peu plus grand, comme nombre…

Quant à l'utilisation des IMSI-Catchers, il sera très intéressant de voir quel recours un simple citoyen aura, dans le cas où ses communications se sont retrouvées interceptées parce qu'il avait le malheur d'être dans le mauvais quartier au mauvais moment. La protection des citoyens passe aussi par la protection et le respect de sa vie privée, et une telle technologie ne la garantit absolument pas.
Si nos élus refusent de nous respecter en tant qu'individu, en tant qu'entité possédant un cercle privé, je ne vois aucune raison de les respecter eux en tant qu'individu et entité. Ça va dans les deux sens.

Pour ce qui est du fameux GovWare : je me réjouis comme un fou qu'il se retrouve bêtement dans la nature. On peut se rappeler de ce que le CCC avait sorti sur le logiciel Allemand2. Il ne faut pas oublier non plus ce que représente un tel logiciel, d'un point de vue technique : une porte ouverte, passant sous le radar des antivirus (bon OK, leur utilité est limitée de toutes façons ;)), pouvant sortir d'un réseau sécurisé, etc.

Un aubaine pour la police, mais aussi pour d'autres usages moins légaux.
Mais bon, après tout, le citoyen n'a pas besoin de se sentir "numériquement en sécurité", n'a pas besoin de penser que son ordinateur, son smartphone et sa tablette sont à lui seul, et que personne ne peut accéder aux photos de vacances contenues dans ces différents appareils, ou aux numéros de carte bancaire, mot de passe et autres accès. La notion de "citoyen numérique" n'existe pas, au final.

On peut faire confiance à notre gouvernement pour tout mettre en œuvre pour assurer la sécurité de moyens à sa disposition, comme le SRC a tout mis en œuvre pour éviter la fuite de données3. Confiance, vous dis-je !

Non, tout va bien, on est entre de bonnes mains, et la sécurité de l'état prime sur notre sphère privée, c'est bien connu et, surtout, bien établi. Après tout, puisque nous n'avons jamais rien à cacher, pourquoi s'en faire ? Pourquoi vouloir protéger notre compte en banque, le contenu de nos ordinateurs, les codes d'accès à des machines distantes, des contrats, des documents classifiés, etc ? Nous sommes en démocratie, l'État ne pourra jamais basculer en mode totalitaire ou, du moins, en mode "état d'urgence". Aucun de nos voisins ne l'a jamais fait, alors pourquoi la Suisse ?

Citoyens, Citoyennes, il est temps d'expliquer à nos élus ce qu'on attend d'eux, temps de leur expliquer ce qu'est un IMSI-Catcher, ce qu'est un GovWare, de telle sorte qu'ils arrivent à comprendre les implications réelles pour nous, le bon peuple suisse. Plus que temps même, parce qu'une fois tout cela en place, il faudra ramer pour revenir en arrière et faire les choses proprement.

Pour rappel, si vous demandez à un membre du comité de surveillance comment un de ces trucs marche, vous aurez droit à des yeux de poisson frits.
Ils ne savent pas, ne comprennent pas et, pire, ne cherchent manifestement pas à comprendre, outre les 2-3 documents glissés sous leur porte juste avant les discussions, débats ou votes. Notre démocratie dite "de milice" est bien, admirée dans le monde entier, mais elle a aussi ses limites : on pourrait se croire à l'armée, où on flanque le coiffeur à la cuisine, l'artificier comme chauffeur DURO, ou encore le montagnard dans un sous-marin.


Commentaires (1)

par JP — 16.03.2016, 11:42 — PermaLink
Concercant la définition des crimes graves, en fait il y a une liste des infractions dans le code de procédure pénale à l'article 269 chiffre 2. Autant dire un inventaire à la Prévert.
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